birmanie

Le souvenir de Claude Levenson évoqué à Mandalay

 

Co-auteur avec Claude Levenson de «Aung San Suu Kyi, demain la Birmanie» et de «Birmanie, des moines contre la dictature», Jean-Claude Buhrer a participé à l’Irrawaddy Literary Festival, moment d'exception qui s’est tenu du 13 au 17 février 2014 au pied de la colline de Mandalay, parsemée de stoupas blancs et de pagodons dorés avec au sommet le temple Su Taung Pyi (satisfaction  des désirs) qui domine la ville.


                                      

                                 La colline de Mandalay en arrière-plan du Palais Royal

 

Pour y accéder il faut escalader un escalier de 1700 marches et l'ascension prend au moins une bonne heure en fonction des arrêts durant le pèlerinage. Au début du chemin du Bouddha (ou de croix, c'est selon) se trouve la pagode Kuthodaw qui abrite «le plus grand livre du monde» avec des textes bouddhistes gravés sur des stèles de marbre. 729 au total et chacune à l'intérieur d'un pagodon. Ce monument de la moitié du XIXe siècle et d'une superficie de plus de cinq hectares a été inscrit au patrimoine culturel de l'humanité par l'Unesco. Il présente la totalité des Tripitaka, le canon du bouddhisme Theravada écrit en pali.

 

A l'origine c'est dans ce cadre unique et prestigieux que devait se tenir l’événement. L'initiative en revenait à un conseiller du président birman, des tentes pour les réunions du Festival avaient été aménagées dans l'enceinte de l'immense pagode et une inspection des lieux avec les organisateurs s'étaient déroulée la veille de l'ouverture en présence d'un représentant du ministère de la culture. Mais quelques heures plus tard, ce même ministère devait se raviser à la suite de pressions venues de Mandalay et faire savoir aux organisateurs que cela créerait un fâcheux précédent de voir une manifestation laïque se tenir dans un édifice religieux.


                      

                                         Stûpas bouddhistes de la pagoge de Kuthodaw


L'ouverture du Festival s'est tout de même tenue comme prévu sous une tente dressée dans une cour de la pagode de Kuthodaw en présence des écrivains invités, mais pour leur donner lecture d'une lettre d'explication du ministre de la culture et leur faire savoir que la rencontre aurait lieu au somptueux hôtel Mandalay Hill Resort tout proche avec ses jardins tropicaux, même quelques pagodons et une vue superbe sur la colline de Mandalay précisément. La séance aura duré moins de dix minutes avant de traverser la pagode et d'admirer quelques-unes de ses stèles pour reprendre le chemin de l'hôtel à proximité. De petits tiraillements tout de même révélateurs des hypothèques qui pèsent en cette période de transition en Birmanie. La rencontre littéraire pouvait commencer avec la participation d'une vingtaine d'écrivains internationaux, sans compter les Birmans, à commencer par Aung San Suu Kyi, accueillie par une foule nombreuse en véritable vedette qu'elle est aujourd'hui. Ici, la presse a annoncé le Festival sous le titre: «Literary Titans gather». Pas moins.

 

Finalement, le Festival a été un succès et a permis de fructueux échanges avec une stimulante liberté d'expression. Jean-Claude Buhrer, qui se trouvait encore sur la liste noire avec feu son épouse il y a moins de deux ans, n’en est pas encore revenu. Reste à croiser les doigts pour l'avenir, car rien n'est encore définitivement joué. Mais l'espoir demeure et le goût de la liberté tenace.


                     

                             Aung Sans SuuKyi -au centre- lors d'un débat durant le festival


Seul francophone dans un milieu entièrement anglophone et en partie birman, Jean-Claude Buhrer a été personnellement appelé à intervenir sous le titre: «La récente histoire de la Birmanie du point de vue d'un journaliste». Son modérateur était un rédacteur en chef de «The Independant» de Londres, Peter Popham, auteur d'une récente biographie de Suu Kyi intitulée «La Dame et le Paon». L'assistance, en grande partie birmane, a semble-t-il apprécié sa prestation.

 

Le lendemain, il s’est retrouvé avec l'Irlandaise du Nord Polly Devlin pour parler de la biographie et confronter des conceptions différentes entre Anglo-Saxons et Français. Ce n'était toujours pas l'entente cordiale mais les échanges étaient courtois et toniques. Il est également intervenu dans divers ateliers et discussions, notamment en évoquant le Tibet lors d'un exposé de l'historien Thant Myint U, petit-fils de l'ancien secrétaire-général de l'ONU U Thant, sur «Où la Chine rencontre l'Inde», titre de l'un de ses ouvrages. A l'occasion de repas ou de rencontres informelles, il a aussi pu avoir des échanges intéressants avec la plupart des auteurs, voire les ambassadeurs présents (Royaume-Uni, Australie, Etats-Unis et Israël). Parmi les écrivains, on citera la Chinoise Jung Chang établie à Londres et auteur de bestsellers comme «Les Cygnes sauvages» ou une biographie de Mao et qui s'apprête à en publier une autre sur l'impératrice Cixi; ou encore l'Indienne Sudha Shah qui a publié un livre «Le roi en exil, la chute de la famille royale de Birmanie» consacré au roi Thibaw, le dernier souverain de Birmanie renversé par les Anglais et mort en exil en Inde. Jusqu'en 1885 Mandalay fut la capitale royale du pays.

 

Quant à Claude, elle fut présente à sa façon, alors que sa mémoire était évoquée lors d’un entretien entre le journaliste et la Dame de Rangoun.


                  

                               Jean-Claude Buhrer et Aung San Suu Kyi à Mandalay

      

Tels furent ces quatre jours mémorables passés en ce lieu magique magnifié par Kipling dans son fameux poème «Sur la route de Mandalay»:

 

A Moulmein près de la vieille pagode, regardant nonchalamment la mer,

Est assise une jeune Birmane et je sais qu’elle pense à moi ;

Car il y a du vent dans les palmiers et les clochettes du temple disent :

"Reviens-t-en, soldat Britannique ; reviens-t-en à Mandalay !"

Reviens-t-en à Mandalay où la vieille flottille est en panne :

N’entends-tu pas le travail des aubes de Rangoon à Mandalay ?

Sur la route de Mandalay où jouent les poissons volants,

Et l’aurore se lève comme l’orage en Chine, de l’autre côté de la Baie!


Plus d'infos:  www. irrawaddylitfest.com 

                   www.facebook.com/IrrawaddyLitFestOfficial




Claude Levenson et Aung San Suu Kyi lors d'un entretien - Rangoun 1996



Aung San Suu Kyi et le Dalai-Lama - Londres juin 2012



À lire:

            Aung San Suu Kyi,                                            Birmanie

           demain la Birmanie                          des moines contre la dictature

                            

            Ed:  Picquier Poche                                  Ed: Mille et Un Nuits